Atelier
sur la prévention du trafic illicite
Cuenca,
Ecuador 10 - 15 sept. 1995
L'atelier
régional UNESCO-ICOM sur "Le
trafic illicite des biens culturels" s'est
réuni dans la ville de Cuenca (Equateur). Les participants,
membres des institutions culturelles des Etats d'Amérique
Latine, d'INTERPOL, de l'Organisation mondiale des douanes,
d'UNIDROIT, du Conseil international des musées, de l'OEA
et des Organisations Indigènes de la région de Cuenca, ont
émis la suivante DECLARATION:
CONSIDERANT:
-
Que les processus économiques de mondialisation entraînent
d'une part l'uniformisation des modes de vie qui est une
menace pour la survie de la diversité culturelle et d'autre
part la réaction contraire menant à la réaffirmation de
l'identité et de ce qui est propre à une culture.
-
Que l'identité de l'Amérique Latine repose essentiellement
sur les biens qui sont le fruit de son histoire, enrichie
par la variété des apports de ses différentes cultures.
-
Que lesdits biens font l'objet d'une spoliation systématique
et croissante, ce qui nuit au développement de l'humanité
et des relations internationales.
-
Que cette spoliation a également pour effet la perte irréparable
des valeurs éthiques des peuples de la région et porte
atteinte à leur bien-être.
-
Que les Etats n'assument plus leur rôle de gardien et
de responsable principaux de la fonction sociale du patrimoine
culturel et de sa mise en valeur.
-
Que l'adhésion des pays aux Conventions UNESCO (1970)
et UNIDROIT (1995), complémentaires et portant respectivement
sur "LES MESURES A PRENDRE POUR INTERDIRE ET EMPECHER
L'IMPORTATION, L'EXPORTATION ET LE TRANSFERT DE PROPRIETES
ILLICITES DES BIENS CULTURELS" et sur "LA RESTITUTION
DES BIENS CULTURELS VOLES OU ILLICITEMENT EXPORTES", renforcerait
les relations internationales.
IL
EST RECOMMANDE :
1.
Que les Etats assument le rôle qui leur revient dans le
renforcement de l'identité culturelle des peuples de la
région en adoptant les mesures suivantes :
- ratifier
ou adhérer aux Conventions internationales susmentionnées.
-
mettre à jour ou promulguer la législation adéquate.
-
créer ou soutenir les organismes culturels en leur concédant
le statut et des ressources économiques nécessaires pour
mener à bien leur tâche.
-
élaborer des mesures politiques et prévoir des actions
garantissant leur application, ou renforcer les mesures
déjà existantes.
-
impliquer la société civile dans les processus de prise
de conscience du renforcement de l'identité et de la préservation
des biens culturels. Pour ce faire, il sera nécessaire
de concevoir des stratégies impliquant les mass media,
les douanes et la police ainsi que les institutions d'éducation,
et ce aussi bien formellement qu'informellement.
-
réaliser ou continuer de réaliser l'inventaire et l'enregistrement
des biens culturels, à savoir : homologation des systèmes,
utilisation des réseaux existants -forums des ministres
de la culture d'Amérique Latine et des Caraïbes, Projet
Principal SICLAC-, simplification des méthodes afin de
permettre l'identification rapide et l'échange d'informations,
processus qui doit compter sur la participation active
de la société civile.
-
promouvoir la constitution de commissions tripartites,
composées de représentants du Ministère de la Culture,
de la police et des douanes, afin d'assurer une coordination
efficace des actions de protection, de contrôle et de
récupération;
-
incorporer, en tant que sujet important dans les accords
régionaux et locaux, le trafic illicite des biens culturels
et la lutte contre ledit trafic.
-
promouvoir la signature d'accords bilatéraux concernant
spécifiquement la protection du patrimoine culturel.
-
promouvoir un rôle plus actif des milieux diplomatiques
en ce qui concerne la restitution du patrimoine culturel
spolié, ainsi que la mise en place d'actions concrètes
dans le domaine du contrôle du trafic illicite.
2. Que les organismes internationaux poursuivent et réaffirment
les actions qui sont de leur ressort en faveur de la protection
du patrimoine culturel :
L'UNESCO
:
- Promouvoir
parmi les Etats membres l'adhésion aux Conventions susmentionnées.
-
Apporter une assistance aux Etats membres d'Amérique Latine
afin de :
- former des personnes spécialisées dans la préservation
du patrimoine.
- créer et améliorer les inventaires et les registres
nationaux, ainsi que les réseaux d'information.
- élaborer des politiques culturelles et concevoir une
législation à ce sujet.
- réaliser des ateliers et des séminaires de formation
destinés aux membres des organismes impliqués dans la
préservation et le contrôle du patrimoine culturel, à
savoir les douanes, la police et les institutions culturelles.
- faire prendre conscience au niveau international de
l'importance de la conservation du patrimoine culturel
et de la diffusion de l'information s'y rattachant.
L'ICOM
:
- Contribuer
à l'intégration de la société civile dans la préservation
et la conservation du patrimoine.
-
Contribuer à la formation du personnel des musées, des
douanes et de la police.
-
Favoriser l'application de mesures de préservation du
patrimoine des communautés et de sécurité dans les musées
et d'autres institutions.
-
Contribuer à la prise de conscience concernant l'importance
de la conservation du patrimoine culturel et diffuser
des informations importantes à ce sujet.
-
Contribuer à la diffusion du Code
de déontologie professionnelle de l'ICOM
aussi bien au sein de la société civile que parmi le personnel
des musées.
-
Insister auprès des musées et des institutions du patrimoine
culturel afin qu'ils effectuent l'inventaire exhaustif
de leurs biens culturels.
-
Exhorter le personnel des musées, des institutions et
les collectionneurs possédant des biens culturels à dénoncer
le vol de ces biens de façon immédiate et ce à travers
les réseaux appropriés.
INTERPOL
ET L'ORGANISATION MONDIALE DES DOUANES :
- Mettre
en oeuvre des mécanismes de coopération avec les organismes
culturels afin de coordonner les efforts liés à la conservation
du patrimoine culturel.
-
Participer activement aux commissions tripartites nationales.
-
Stimuler la connaissance du patrimoine culturel parmi
leurs employés.
-
Collaborer à l'établissement des réseaux d'information
concernant différents aspects du trafic illicite des biens
culturels.
FORUM
DES MINISTRES DE LA CULTURE :
-
Accepter les recommandations contenues dans la présente
Déclaration et adopter les mesures nécessaires en vue
de leur application ; inclure à l'ordre du jour de la
prochaine réunion du Forum le problème du trafic illicite
des biens culturels et les mesures à entreprendre pour
le résorber.
PAR
AILLEURS, les membres de l'atelier régional UNESCO-ICOM
adhèrent à "Decenio de los Pueblos indígenas" (Décennie
des Populations Indigènes) et se félicitent de sa participation
active dans les délibérations de l'atelier susmentionné.
Ils lui demandent de faire parvenir le présent document
au "Consejo Mundial de los Pueblos Indígenas" (Conseil Mondial
des Populations Indigènes) et à "Iniciativa Indígena por
la Paz" (Initiative Indigène pour la Paix) dirigée par Madame
Rigoberta Menchu, Prix nobel de la paix.
ENFIN,
les participants de l'atelier régional tiennent à remercier
chaleureusement le Gouvernement de l'Equateur, le Sous-secrétariat
de la culture, le Conseil national de la culture, la ville
de Cuenca pour l'accueil cordial et généreux qui leur a
été donné pendant la durée de l'atelier ; ils tiennent également
à remercier l'UNESCO, l'ICOM et la Présidente du Comité
d'organisation de l'atelier d'avoir contribué à réaliser
cette importante rencontre.
Fait
à Cuenca, République de l'Equateur, le 13 Septembre de 1995.
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